dimanche, 30 novembre 2008

le flamand ne voit pas la vie qu'en rose

Je ne sais pas si le reportage est vrai ou bidonné, je ne sais pas si c'est un sketche ou une véritable interview, mais qu'importe, il ne faut pas l'énerver le gars avec des questions réfrigérentes. Apprenez donc le flamand avant de passer quelques jours à Bruxelles pour éviter son courroux si vous le rencontrez. Moi je m'y mets dès que j'en ai fini avec l'euskara... C'est quand même pas demain la veille !


samedi, 01 novembre 2008

My name is Garbo, Greta Garbo

greta garbo copier.jpgHier, à l’Autre cinéma à côté de chez moi, j’avais ma petite séance de repos à la caisse. C’est plutôt tranquille la caisse, même quand il pleut, même si c’est les vacances scolaires. On peut rester de longues heures, près du radiateur, à regarder son ordinateur qui rame, qui rame. Il y a quand même un peu de travail à faire, comme par exemple, le ménage pour que tout soit beau joli quand les spectateurs arrivent, ou enregistrer les entrées du jour pour que ces messieurs dames du CNC voient comment on travaille bien pour la culture mondiale. Il faut aussi, le vendredi, faire la monnaie pour le week-end, afin de ne pas arriver le mardi avec que des gros billets dans son fond de caisse et attendre deux heures que les spectateurs retournent leurs poches ou vident carrément leurs sacs pour trouver les vingt centimes qui feraient notre bonheur de caissier. Me voila donc partie sous la pluie, ma sacoche sous le bras, pleine de gros billets, avec la ferme intention de les transformer en rouleaux de sous qui fond gling-gling dans ma caisse quand je les y range.

Je les connais bien les employés de ma banque, c’est une petite banque de quartier, avec peu de turn-over dans le personnel, chaque fois qu’ils me voient arriver, ils doivent penser : «Tiens, voila la dame pour la monnaie !». Je les aime bien aussi, on fait le même métier. Eux ils vendent des sous et moi des billets… de cinéma, ou des verres de Buzet. Dans le fond, c’est pareil.

Je faisais la queue sagement, comme d’hab’ et quand arriva mon tour, je vis bien qu’il avait trop chaud, le jeune homme derrière son comptoir et sa cravate. Il s’activait sur sa chaise à roulette, devant son ordinateur, son tiroir caisse et son téléphone. Heureusement que sa calculette est dans sa tête que je me disais, comme ça, il n’a pas besoin de la chercher partout. Il me fit un petit sourire timide en voyant mes billets sur le comptoir. D’habitude il note sur un papier combien je lui porte et il me donne en échange les rouleaux d’automne tant convoités le vendredi. Ça va vite, c’est simple, pragmatique et efficace. « La procédure a changé », me dit-il. « Oui, oui », que je lui répondis sans vraiment écouter ni comprendre, d’ailleurs. « Il me faut votre numéro de compte » précisa-t-il. « Ben, c’est vous la banque du cinéma à côté de chez moi, et c’est vous qui avez l’ordinateur, là, juste en face de vous. Vous allez pouvoir trouver ça facilement ». « Oui, je vais faire une recherche par l’adresse. C’est quoi votre adresse déjà ? ». Moi, bonne fille, je la lui donnais sans problème. Évidement je la connais par cœur, c’est à côté de chez moi. Il commença à noter le nombre de billets que je lui présentais, sa saisie lui prit un temps fou. J’aime bien détendre l’atmosphère car je me plais à croire que j’en ai la gueule, surtout quand je vois des gens en difficulté. « Vous voulez que je vous donne les numéros des billets ? » que je dis pour rire. « Non merci, ce ne sera pas nécessaire » affirma-t-il sérieusement. « Ben dis donc, c’est quand même compliqué votre nouvelle procédure !». « Oui c’est un peu plus long surtout ». Les clients derrière moi semblaient tous d’accord avec lui. Au moment où je pensais qu’il allait enfin me donner de quoi travailler dans la joie et la bonne humeur, le jeune cravaté me tendit un papier : « Il va me falloir votre nom et votre signature ». « Bien sûr jeune homme, je m’appelle Greta Garbo » humphrey-bogart.jpgque je lui répondis fière de mon détachement matérialiste en ces temps de crise bancaire. Je riais mais lui pas du tout. Il inscrivait, il para- phait, il recomptait ses rouleaux qui allaient devenir miens, et sans lever la tête me répliqua : « Vous l’écrivez comment, Garbo ? ». Le monsieur derrière moi était mort de rire, mais pas mon petit caissier, je lui épelais alors glorieusement mon nom de star, lui permettant ainsi d’arriver au bout de sa procédure en moins de dix minutes. Avant de partir, je ne pus m’empêcher de lui demander si il fallait prendre un rendez-vous pour ouvrir un compte joint. Mamour et moi l’avions décidé le matin-même. « Oui, oui, bien sûr, repassez mardi ». « Très bien, ce sera au nom de Greta Garbo et Humphrey Bogart ». «Oui, mais sur rendez-vous seulement» conclut-il en attrapant les billets du monsieur derrière moi.

mardi, 02 septembre 2008

La politique de l'autruche

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Alors voila, si j’ai bien suivi le calendrier scolaire, la rentrée des p’tits n’enfants se fera cette année le 2 septembre. Aujourd’hui quoi ! C’est une bonne chose, il faut qu’ils s’instruisent ces chers petits, qu’ils apprennent à réfléchir par eux-mêmes, à compter, à lire la poésie, à respecter les autres et à vivre ensemble.

Ah vivre ensemble ! Voila un beau chalenge pour les générations futures. Cet apprentissage passe aussi par les parents dont le rôle est de plus en plus flou dans nos sociétés déstructurées, consuméristes et agressives.

Si je vous raconte ça c’est que dimanche dernier mon amoureux et moi étions sur la plage, tranquilles, l’esprit au repos, sans un mot nous lisions chacun un petit polar sans prétention mais qui tient en haleine son lecteur dans des silences pleins de suspens. Entre deux baignades, pour alléger mes pieds boudinés, nous nous délassions sous un soleil amical, bercés par des brises légères. Vers 17heures des parents soucieux du bien être de leurs petits sont venus profiter aussi de cette belle journée. C’est qu’il faut les occuper ces petites boules d’énergie pure ! Moi je veux bien, mais sont-ils obligés de les laisser hurler sur la plage sous prétexte qu’ils sont contents ? Et adieu mon joli repos hebdomadaire. Sous les : « Regarde papa comme je fais bien les galipettes  arrières, mais regarde papa ! » Mais pourquoi il ne regarde pas le papa ? Pourquoi il fait l’autruche la tête dans sa serviette ? Tout le monde le regarde le petit, mais lui il veut son papa, son référent, son héros qui d’un sourire approbateur pourrait le faire taire. Qu’à cela ne tienne si papa démissionne maman est là pour compenser. « Maman tu viens avec moi, je vais faire un énorme trou, mais alors là, drôlement énorme le trou jusqu’au centre de la terre et puis comme ça on pourra enterrer papa ! ». Et il rit le petit, il crie de joie en tapant sa pelle sur son seau. Maman patiente se lève en pensant peut-être à un certain Oedipe qui en a fait de belles aussi, en son temps. Nous voilà tranquilles pour un moment du moins c’est ce que j’espère en me retournant vers mon ami soleil. J’ai juste le temps de fermer les yeux que des hurlements me font sursauter : « Mais non maman, tu ne dois pas mettre le sable sec avec celui qui est mouillé, c’est pas joli comme ça ! Il faut en faire un autre de trou, un peu plus loin là près du monsieur et de la dame » Mais c’est nous ça, le monsieur et la dame ! Je me redresse prête à défendre mon pré carré contre ce futur prospecteur de pétrole. Il se rapproche dangereusement le petit Kevin, en brandissant sa pelle, suivi de sa maman toujours patiente et attentionnée. Alors là, ça ne va pas du tout, le sable sec, il va être pour ma pomme et dans mes cheveux en plus, mais maman ne voit rien toute occupée qu’elle est à divertir son chéri. Mon amoureux dort. Ah, il ferait bien une future autruche lui aussi, la tête dans sa serviette, il ne voit rien de cette agression territoriale ! Je regarde autour de moi en cherchant un soutien dans des regards d’adultes compatissants, mais non tout le monde s’en fout des trous. Il va bientôt nous ressortir les mines de la dernière guerre mondiale, le petit tellement il creuse. Ça devient dangereux, surtout qu’il n’est plus seul, ils sont plusieurs maintenant à creuser, des vrais chiots qui cherchent leurs os, sans parler d’un autre qui, à 5 mètres, pousse du bout du pied difficilement un ballon en hurlant « Zidane, Zidane ». Evidement je ne peux rien dire, tout le monde va penser que je n’aime pas les enfants, je les adore au contraire, ce sont les parents qui m’agacent, englués dans leur amour ils sont seuls au monde avec leurs progénitures. Vite il faut qu’on y aille, qu’on se réfugie dans un endroit interdit aux mineurs, sinon je craque. Je réveille mon amoureux : « J’ai peur, viens on s’en va ! » Bien sûr il ne comprend pas et je n’ai pas le temps d’expliquer, « une urgence » que je bafouille, « un petit pipi salvateur, là dans le bar tout proche ».

Alors messieurs dames, parents ou futurs parents, je vous demande gentiment de ne plus faire l’autruche sur la plage, en laissant hurler vos enfants, surtout que cet animal n’est pas réputé pour son intelligence et de reboucher les trous de vos petits pour éviter les accidents, quant à moi je retourne à la plage, jeudi jour de classe, pour profiter des derniers rayons du silence.

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mardi, 15 juillet 2008

Araignées, mouches kamikazes et autres volants

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Je ne sais pas si vous avez un jardin, mais moi, oui. Enfin, c’est plutôt un jardinet, avec quelques plantes épineuses qui apprécient particulièrement la pluie, l’ombre et la poussière des chantiers voisins. Mais, dans mon jardinet, il y a de magnifiques araignées que j’élève avec amour. Elles commencent à grossir et leurs toiles dansent au vent sans jamais s’abîmer ou se déchirer. C’est que c’est costaud une toile d’araignée.

L’avantage de les y laisser, les araignées, c’est que les enfants qui en ont peur ne viennent pas piétiner mes plates-bandes. Les adultes non plus, d’ailleurs. C’est déjà ça. C’est mon jardin et je ne le partage qu’avec Cosette, les araignées, les abeilles et les papillons. Point barre.

Un deuxième avantage, c’est qu’elles mangent les mouches, mes araignées, et on les voit grossir, grossir, pleines de ces insectes qui n’ont que ce qu’ils méritent vu que les mouches ça fait rien qu’à embêter les gens et les vaches quand il y a de l’orage. Non, je n’ai pas de vache, mais je pourrais. Je préférerais que les araignées mangent les limaces et les escargots, mais elles ne sont pas françaises mes araignées, elles sont basques et ne goûtent pas de ces gastéropodes idiots et voraces. J’organise donc des lancers d'escargots dans le jardin d’à côté vu qu’il est bourré d’anti-limace et de produits chimiques qui maintiennent les jardinets propres et verts. Chacun son job, mes voisins  utilisent des produits de merde et moi je fournis la matière première. Donc, les armiarma* mangent les mouches, mais celles-ci ne sont pas folles et régulièrement  se replient dans ma chambre ou mon salon. Non, mais, elles ne peuvent se faire manger dehors,  tout naturellement, dans l’ordre des choses et de la nature ?! Elles ont l’air malin, tiens, à tourner en rond près du plafond. Plutôt que de vivre une existence aventureuse et pleine d’adrénaline, elles me font le plan pépère du squatteur bourgeois et frileux. Mais, bon, elles finissent toujours par vouloir sortir, ces idiotes qui ne savent pas ce qu’elles veulent. Et là, c’est radical et systématique, elles se suicident par dizaine sur mes vitres propres et transparentes au lieu de passer par la porte comme tout le monde. Ce que c’est con une mouche ! Remarquez, après, ça fait joli, ces impactes de mouches sur mes vitres. On dirait des décorations de noël avec de la fausse neige, pour un mois de juillet, c’est original.

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Et quant au dernier avantage d’avoir des araignées, c’est la toile, bien sûr. Vous n’êtes pas sans savoir que ces filaments servent de point d’attache aux fantômes. Vous ne saviez pas ? Mais oui, c’est évident, si vous voulez qu’un fantôme habite chez vous, il vous faut une belle toile d’araignée, bien placée dans un endroit chaud et sombre, et là votre fantôme aura un point d’accroche comme une base d’envol pour errer tranquillement dans votre maison. C’est le point de départ, pour élever des fantômes, il faut commencer par héberger des araignées. C'est pour ça que, régulièrement, je me présente au cinéma d’à côté de chez moi avec quelques filaments dans les cheveux (que je fais passer pour des cheveux blancs) car, il faut que je vous dise, il est plein de fantômes et j’y entretiens donc clandestinement quelques toiles. Mais nous en reparlerons, les fantômes du cinéma méritent à eux seuls une belle note, bien longue, bien développée et sans pattes de mouches.

*Armiarma = araignée en basque

jeudi, 19 juin 2008

J'en rajoute une couche

L’extraction d’Abidal* a laissé un goût amer dans la bouche de certains, ça je peux le concevoir mais soyons francs, c’était plutôt mal parti, non ? Bon, ça c’est dit, nous voila tranquilles pour un bon moment. Et c’est tant mieux, cela va laisser plus de place dans la vie des garçons qui avaient programmé tout le mois de juin pour se faire une petite bouée autour de la ceinture, rapport aux bières qu'ils se seraient enfilées les soirs de matchs. Donc ,ils vont ressortir les garçons, ils vont retourner au cinéma par exemple ! C’est qu’elles se sentent un peu seules, les filles, dans les cinémas et les bars sans télé. L’air manque singulièrement  de phéromones et de testostérone, ça rend tout mou ou plutôt toute molle.
Qu’on ne se méprenne pas, je ne parle pas pour moi. Mamour n’aime pas le foot, alors… ! Mais je suis solidaire et je pense aux autres.  Je les vois bien, le regard vague, qui font la queue en jetant des coups d’œil à la Taverne pour voir si y’aurait pas un copain pour boire un coup après le film. Mais non, elles sont bien seules, les filles.
Pour les garçons qui ont à se faire pardonner, je suggère une bonne soirée ciné. Dans la pénombre fraîche et rassurante de la salle, vous pourrez regagner des points…. Et si en plus, vous faites preuve de bon goût en choisissant Eldorado, elles vous fondront dans les bras, vos copines. On parie !?  Pourtant, c’est plutôt un film de garçon, Eldorado. C’est un road-movie. Je suis sûre que ça vous plairait de parcourir tout un plat pays dans une grande voiture américaine, non ? Ah, vous voyez ! Bref, quoi qu’il en soit, je vous assure que vous passerez une bonne soirée.
Et pour les filles qui ont déjà vu le film, pour les célibataires et pour celles qui vivent avec ces irréductibles qui continueront malgré tout à regarder la télé, même si c’est l’été, même si vous êtes à croquer dans votre nouvelle robe, parce que le foot c’est pas fini, à vous toutes je suggère de passer en boucle, le son poussé à fond, ce morceau de musique en cliquant ci-dessous. C’est incroyable ce que ça donne envie de danser devant les télés allumées ! Attention la voix chaude et sensuelle du chanteur peut faire perdre, facile, 300 grammes par écoute. C’est bon pour l’été ça, non ?

 

podcast
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*Merci à Jean-Phy pour le jeu de mot à deux balles.

lundi, 09 juin 2008

Vas-y tata !

Comme vous le savez peut-être, je suis née dans la belle ville de Bayonne, celle du Pays basque bien sûr, pas celle du New Jersey. J’y ai passé aussi les trois premières années de ma vie, juste avant la petite photo que l’on peut voir à gauche sur ce blog.

Nous habitions, mes parents, mes grands-parents, ma sœur et moi dans un petit apparte- ment d’une rue du centre ville, devenue très piétonne et très commerçante. Mais à l’époque qui m’intéresse, cette rue était calme, peu encombrée de voitures et conviviale puisque tout le monde se connaissait, se rendait service et se saluait civilement dans la rue. Notre voisine de palier n’échappait pas à la règle. C’était une dame d’âge mûr, un peu réservée, avec un air sévère surmonté d’un brushing que l’on pouvait qualifier de rétro. Elle portait souvent des chemisiers noirs à pois blancs que je m’amusais à compter jusqu'à six parce qu’après je ne savais pas compter. Cette dame aux lunettes fumées nous gardait parfois quand ma mère partait faire des courses. Nous étions sages, ma sœur et moi, toujours sages à l’époque et, assises sur les genoux de notre voisine, nous écoutions des histoires déjà connues mais qui nous régalaient tout de même.

Nous l’appelions tata, « tata Dourthe » exactement puisque tel était son nom. Et dans le couloir de l’immeuble, je me souviens bien que quand nous revenions de l’école, on courrait dire bonjour à tata Dourthe qui ne sortait guère de chez elle, sauf les beaux jours d’été où elle nous amenait au parc pour nous dégourdir les jambes.

Un jour de pluie, je ne sais plus pour quelle raison, je me retrouvais seule chez tata Dourthe. Je détestais être séparée de ma sœur. J’avais toujours peur que mes parents l’oublient sur le marché de Bayonne. Je boudais donc en attendant son retour et comptais pour la énième fois les petits pois blancs que je rangeais dans ma tête par groupes de six quand la porte de la cuisine s’ouvrit dans un fracas qui fit dégringoler tous mes tas de petits pois. Devant l’apparition d’un grand gaillard en tenue de sport boueuse et déchirée, je sursautais. Il avait l’air heureux, le bougre, avec son bandage qui lui tombait sur l'oeil, ses croûtes de terre collées sur les genoux et son ballon de rugby sous le bras. Il fit quelques pas pour nous embrasser mais il fut arrêté net dans son élan par le doigt rigoureux et autoritaire de tata qui lui indiquait les patins. Quand ma sœur fut rentrée, je lui ai raconté que j’avais vu un ogre très très grand mais très gentil car il m’avait soulevé de terre comme une plume. (Pendant un très court moment de ma vie, je fus un ballon de rugby que l’on attrape pour bien le garder sur le cœur). Ma sœur, elle en avait rien à faire de mes histoires, elle avait des chaussures neuves.

Puis nous avons déménagé et perdu de vue tata Dourthe. Quand, bien plus tard, j’ai commencé à regarder les matchs de rugby, en suivant le ballon voler de mains en mains, je me sentais toujours légère... et un peu étourdie. Et quand, aujourd'hui, par bonheur, je me retrouve au stade Jean Dauger de Bayonne pour suivre un match de l’Aviron, dès que je vois Richard Dourthe, capitaine de cette belle équipe, passer le ballon ou transformer une pénalité, je ne peux m’empêcher de crier, sous les regards étonnés des spectateurs : Vas-y tata Dourthe !

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mardi, 03 juin 2008

Les files d’attente au cinéma

Dans les files d’attente, il y a celui qui est là le premier pour être bien placé.
Il y a le timide qui regarde ses pieds en avançant à petits pas.
Il y a celle, qui comme à la banque, laisse trois mètres de distance avec son prédécesseur, pour respecter la confidentialité, c’est important la confidentialité.
Il y a celui qui colle son prédécesseur parce qu’il a l’impression que ça ira plus vite.
Il y a l’impatient qui en 20ème position se met sur la pointe des pieds pour voir pourquoi ça n’avance pas.
Il y a celui qui raconte sa vie à la personne à la caisse.
Il y a celle qui se dandine parce qu’elle aimerait bien faire pipi, mais qui, non, décidément, elle ne quittera pas sa place.
Il y a toujours un grand, le portable à la main, qui prend des nouvelles d’une tata Marcelle convalescente. Et tout le monde a envie de dire : –« Bonjour tata Marcelle ! ».
Il y celui qui ne sait pas faire la queue et qui se met sur le côté.
Il y a une dame qui aimerait bien rentrer avec son fils de six ans sur un film d’horreur serbo-croate.
Il y a celui qui a un très gros billet et qui ne compte pas.
Il y a la petite dame qui n’a que des petites pièces et qui les compte lentement.
Il y a toujours des amoureux qui ne voient qu’eux.
Il y a des groupes de filles qui ont laissé leurs mecs devant le match, à la maison, et qui rigolent tout le temps parce qu’elles se sentent libres.
Il y a le petit Poucet qui, le sandwich à la main, laisse ses miettes partout.
Il y un mec qui fait la gueule parce que sa femme a invité des copines pour voir le match à la maison.
Il y a celui qui a deux heures à tuer en attendant son train et qui ne sait pas où mettre sa valise de 25 kg.
Il y a celui qui s'étonne de voir autant de monde sur un film aussi intimiste.
Il y a celle qui s'énerve de voir si peu de monde sur le chef-d'oeuvre de l'année. 
Il y a la dame qui renverse son sac sur la caisse pour trouver son portefeuille, sa carte de fidélité, ses lunettes… et qui oublie ses clés sur la caisse.
C’est un vrai travelling la queue de cinéma. Un travelling de la vie. Et quand tout le monde est rentré dans la salle, que le silence est revenu, il faut tout de même attendre car il y a toujours le retardataire qui arrive en courant les bras écartés en demandant si le film a commencé. Il a toutes les excuses du monde, le retardataire. Sa soupe était trop chaude, le distributeur ne distribue plus, il a remonté quatre étages, il avait oublié ses clés, il a tourné une heure pour trouver une place dans ce quartier impossible et surtout, surtout, il voulait joindre tata Marcelle mais ça sonnait toujours occupé. Quoi qu’il en soit, il ne compte pas le retardataire parce que lui n’a pas fait la queue.