vendredi, 06 février 2009
C'est pas banal !
Ben dis-donc, c'est quand même pas banal le cinéma ! Hier Mamour et moi sommes allés voir Morse, un film suédois de Tomas Alfredson. Ça ne vous dit peut-être pas grand chose, le cinéma suédois, ni les regards qui en disent plus long que les discours, ni les films de vampire... Eh bien, il est temps de revoir votre jugement, parce que c'est drôlement bien, Morse. C'est un film de genre revisité. Le vampire ne cache pas son visage derrière une grande cape noire avant de fondre sur ses victimes pour les amener dans un grand lit à baldaquin, les séduire et les rendre vampire eux-mêmes dans de voluptueuses torpeurs languissantes et sanguinolentes. Il n'a pas de canines qui dépassent et qui font que l'on se méfie. Non, ici le vampire il est joli comme tout, tout fin, tout léger, pas méchant pour un sou. Le vampire est une jeune fille de 12 ans, avec un grand regard profond et doux. Et ça, c'est pas banal, vous en conviendrez ! Sur fond d'amitié juvénile, l'histoire se déroule dans les frimas et les longues nuits d'hivers suédois. Ils sont comme nous les Suédois, à part qu'ils ont des vampires dans leurs HLM, à côté de vrais gens qui travaillent et qui vont au bistrot en fin de journée pour se détendre. Leurs collèges ressemblent aux nôtres et les djeunes sont les mêmes. Un peu bête pour certains, seuls pour d'autres, et vampires pour les derniers. Tout comme dans la vraie vie, quoi ! Et comme il faut bien manger, se nourrir pour vivre, alors, la jolie vampire, elle attaque les gens. Elle pourrait aller voler du sang dans les hôpitaux de la ville, mais ça ne lui conviendrait pas la pauvrette, elle a besoin du sang frais de ses voisins pour se régénérer. C'est quand même pas de sa faute si elle ne peut rien avaler d'autre sous peine de vomissement ! Donc, elle est plutôt sympa la petite et ça, dans un film de vampire, c'est pas banal non plus !
Moi je l'ai toujours dit, j'adore les araignées, les fantômes, les sorcières et leurs chats noirs et, depuis hier soir, les vampires. Je n'irais pas jusqu'à en adopter une (non, faut quand même pas déconner !) : les jeunes, même vampires, ils sont pas faciles à 12 ans. Alors, par précaution, le soir en rentrant de mon travail du cinéma à côté de chez moi, je mettrai une grande écharpe bien épaisse, piquée de gousses d'ail, pour protéger mon petit cou gracile, on ne sait jamais.
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samedi, 27 décembre 2008
un tueur à gages pour 6,20 €
Si vous êtes accro aux parachutes dorés et aux stocks options,
Si vous êtes patron, pédégé, directeur(trice) de tout, DRH, prési- dent d'association qui se la pète, chef, même petit,
Si vous donnez des ordres sans jamais en recevoir,
Si vous changez tous les jours de cravates à petits pois argentés, très chics,
Si vous tendez l’index en disant «Il faut faire ça, là, comme ça !»,
Si vous froncez les sourcils en inspectant le travail de vos subal- ternes, si vous criez tout rouge, tout le temps et sur tout le monde,
Si vous commandez, ordonnez, dirigez des hommes et des femmes,
N’allez pas voir Louise-Michel de Benoît Delépine et Gutave Kerven.
Mais si vous vous sentez harcelé, humilié, sous payé,
Si vous baissez la tête sous les injonctions, les ordres,
Si votre travail vous donne des crampes, des maux d’estomac,
Si vous n’avez jamais droit à la parole,
Si votre seule perspective de vacances, c’est le terrain vague derrière l’usine,
Si vous êtes intérimaire, main d’œuvre jetable ou sans papier exploité,
Si vous êtes un prolo, un ouvrier, un employé de seconde zone,
Si votre seule prime de nouvel an est une blouse de travail,
Courez vite au cinéma près de chez moi !
Ce n’est pas ça qui vous redonnera de la dignité, mais tuer son patron, même virtuellement, en rigolant, c’est déjà ça !
Pour les coordonnées d’un tueur pas trop cher, passez me voir à la Taverne.
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vendredi, 07 novembre 2008
la vie moderne
Comme tout le monde le trouvait formidable, émouvant, fantastique, bouleversant, extraordinaire, voire le plus beau documentaire sur nos campagnes, je me suis dit, il est pour moi ce film. « Le masque et la plume » l’a encensé, « les Inrockuptibles » sont dithyrambiques et les spectateurs sortant de la salle ont tous la larme à l’œil, donc, forcément le voyant « chef d’œuvre » s’est allumé dans ma petite tête. Et vite, vite avant que l’on me raconte la fin, je file mon amoureux au bout du bras et le parapluie de l’autre, au cinéma près de chez moi pour voir la merveille des merveilles du cinéma de Depardon : « La vie moderne ».
C’est qu’on en voit du monde sur ce film et de partout. Des gens de la ville qui regrettent les pots de confiture de leur enfance et de leur grand-mère, mais il y a aussi des gens de la campagne qui viennent en famille pour voir comment on parle d’eux dans les cinémas de la ville. Ils sont mignons avec leur béret vissé sur la tête, heureux d’avoir pu échapper aux travaux routiniers pour une bouffée de bonheur partagé. Donc nous aussi, nous voulions notre part de bonheur. Au premier rang les miettes sont plus nombreuses, c’est ce que je me dis toujours et c’est pour ça que je m’assoie devant pour récolter ces gouttes de bonheur qui s’échappent des films en pluie plus ou moins fine. Eh bien là, nous avons eu droit à un tout petit crachin, de ceux qui s’évaporent avant même de toucher le sol. Nous nous sommes regardés à la fin du film, Mamour et moi, avec la même déception de l’amoureux éconduit. Alors il est où notre bonheur de venir de la terre ? Elle est où ma larme à l’œil ? Et mon envie de binage, de jardinage, d’élevage de veaux, vaches, cochons, couvées ? Pas dans ce film toujours. Raymond Depardon fait juste un constat et des plus triste encore. Il filme des gens usés qui n’ont plus de combat à mener, ni rien à dire si ce n’est que c’est leur fin. Leurs fins de vie et de labeur, dans des fermes qui s’écrouleront après eux. Depardon filme des gens venus de la ville qui eux ont plus de chose à dire, plus d’espoir, plus de rêves, mais qui ne réussissent pas à les mener au bout. Depardon pose sa caméra devant le tracteur du benêt du village qui ne sait pas ce qu’il aurait voulu faire. Il est gêné le pauvre gars, il regarde ailleurs, vers un futur bouché pour lui. Et nous aussi nous sommes gênés de ce voyeurisme imposé. C’est vrai que ça peut être beau les silences dans un dialogue ! Ils expriment souvent plus que de longs discours, appuient les sentiments tus, les pudeurs enfouies et les mots qui manquent prennent tout un sens. Mais là il y a sens unique, voie de garage, impasse totale. Depardon ne s’engage pas, ne dénonce pas. Il ne montre aucun paysan (aujourd’hui on dit agriculteur) qui se bat pour faire vivre sa terre et nourrir l’humanité. Il ne retrousse pas ses manches après avoir craché dans ses mains. Une bonne suée de bonheur, c’est ça que j’aurais voulu ! Même si il faut bosser dure pour ça ! Je pense qu’il aime ses paysans, il les connaît depuis longtemps, mais il les laisse seuls au seuil de l’hiver et nous, nous prenons froid devant tant de vide.
Bon, maintenant je vais ramer comme pas deux quand les spectateurs vont venir pour leur dose de bonheur bucolique. C’est que ce n’est pas facile de promouvoir un film que l’on n’a pas aimé. Heureusement que les radios, les critiques et la télé ont fait tout le boulot publicitaire, comme ça je n’ai qu’à poser un joli sourire pour les spectateurs qui attendent de rentrer dans la salle, afin de semer à ma façon une gouttelette de bonheur, pour une prochaine récolte que j’espère florissante.
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mercredi, 22 octobre 2008
I feel good !

Incroyable j'ai déjà trouvé un cadeau à faire à ma mère pour noël ! Je vais lui offrir une place pour aller voir au cinéma près de chez moi : Young@Heart (que j'ai eu la chance de voir hier en avant-première.) Ça va lui plaire ça à ma mère, c'est sûr. Question de génération !
Comme d’hab, je n’avais pas lu le résumé dans la Gazette et m’attendais à une comédie façon Full Monty sur une chorale de vieilles personnes. C’est toujours sympa les comédies, surtout que je la pensais anglaise celle là. Les avants premières c’est difficile, les spectateurs n’ont rien lu, rien entendu, ni vu aucune promotion à la télé, alors évidemment c’est une prise de risque et l’on sait bien que les prises de risque en cette période sont frileuses même pour 4,20€ de cinéma. Nous n’étions donc pas plus de cinquante pour cette aventure...
Ma première surprise fut qu’il ne s’agissait pas d’une fiction anglaise mais d’un documentaire américain. Aye, aye que je pensais toute seule dans mon fauteuil. Je m’en voulais déjà ne n’avoir même pas regardé la durée du film… Mais bon, j’étais là au chaud en plein milieu de ma première rangée, il faut savoir que la première rangée du cinéma est toute à moi, exception faite du fauteuil bleu en plein milieu qui est à mon amoureux, c’est comme ça, maintenant tout le monde le sait. Je décidais donc de me laisser porter par la musique et les regards troubles de ces vieilles personnes de la middle class américaine, en me disant, il y a quand même pire comme situation, je pourrais, par exemple, travailler dans un placard...
Ben mon colon, ça file une sacrée pêche de voir que la vie commence après 60 ans ! Et là ils en ont même 30 de plus, le plus jeune a 75 ans et la plus âgée 93 ans. Et attention, faut voir le répertoire, c’est pas du « Jingle bells » ou de belles ballades du lointain Far West, chantées au coin du feu, le ukulélé à la main et le trémolo dans la voix, non ce n’est pas du tout ça ; ils chantent du Clash, du James Brown, du punk, du rock en se dandinant en rythme avec toute l’énergie dont ils sont capables. C’est ça qui les maintient en vie, évidement. D'ailleurs, ils n'ont pas peur de la mort parce qu'ils l'attendent dans la joie au sein d’une communauté qui les soude à la vie. On les voit déambuler à petits pas, la canne à la main et des tuyaux dans les narines pour les aider à respirer, je sais que c’est pas évident à croire, mais ils ont une de ces pêches si communicative que cela donne envie de crier : « Petits vieux de tous les pays unissez-vous !». J’avais bien de temps en temps un peu peur que leur cœur ne flanche quand ils poussaient le fameux cri d’intro de : « I fell good » de monsieur James Brown. Mais non, la machine a tenu alors qu'ils enchaînaient les morceaux comme des perles pour un collier de fille, les chanteuses et chanteurs de cette chorale arthritique dirigée d’une main de fer par un jeunot de 53 ans. C’est qu’il est têtu leur chef, il veut toujours que cela soit parfait, même si c’est difficile, même si la musique est trop forte ou trop rapide. Il ne lâchera rien et le résultat est fantastique... Bien sûr, la réalisation est toute à fait naméricaine, c'est à dire sans surprise, les bons sentiments sont au rendez-vous, mais je pense qu'après avoir vu ce film, nous regarderons autrement les fonds de passion euh pension.
Voilà, Young@Heart, c’est juste une belle leçon de fin de vie et un peu de chaleur à emmagasiner pour l’hiver qui arrive, surtout que c’est de la chaleur humaine, alors, hein, forcément, ça fait du bien. Je sais que le film sortira le 24 décembre et il portera pour le public français qui a un peu de mal avec les @, le joli nom de "I feel good".
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lundi, 29 septembre 2008
Ils sont riches les Naméricains
Hier, jour de repos et inévitablement de cinéma, une fois n’est pas coutume, je suis allée voir un film pour djeunes. The Dark Knight qu’elle s’intitule la dernière vision de Christopher Nolan sur la vie et l’œuvre de Batman.
De suite on voit tout les sous qu’ils ont mis dans le film. Ils sont riches les Naméricains. Ça pétarade de partout avec des gros bazookas dernière génération, les vitres explosent toutes les cinq secondes et je ne vous parle même pas des costumes et des véhicules de tous ces braves gens qui ont bien du souci pour maintenir la justice dans une ville sans âme. Ils mettent beaucoup de sous pour faire un film et c’est pour ça que c’est un film de djeunes qui aiment quand les explosions succèdent aux courses poursuites et aux tirs nourris de toutes parts. Mais attention, pour être un vrai film de Naméricains, il faut aussi que les héros et tous les personnages aussi soient riches, sinon le film pourrait être anglais, canadien ou même français. Donc les héros vivent dans l’opulence, à commencer par Batman himself qui est un des hommes les plus riches de la planète. Ça on le sait parce qu’il nous le dit, le gars, et il nous le montre. Il a obligatoirement une Batmobile qui se transforme en Batmoto, des Batcopines, un Batappart (penthouse) et des Batfactotums. Bien sûr on ne sait pas comment il a bâti sa fortune, Batman. Est-ce que des centaines de Mexicains travaillent pour lui et pour trois cacahuètes dans des conditions précaires ? Est-ce qu’il a trafiqué par le passé (et pour se racheter il œuvre désormais en faveur de la justice) ? On ne sait pas. Et de toutes façons les djeunes ils s’en foutent. Toujours est-il qu’il est assis sur un tas de stock-options qui le mettent à l’abri du besoin, pour toujours. Mais il n’y a pas que lui qui soit riche, le méchant, le vilain, personnage le plus intéressant du film, est riche aussi, et drôlement même… Joker qu’il s’appelle, moi j’aurais préféré Cinq de Pique, mais non, lui c’est Joker. Il possède tout un tas d’armes, d’explosifs, qui même achetés en solde doivent correspondre au PNB de l’Afrique entière. D’ailleurs on le voit brûler tous ses billets gagnés malhonnêtement, pour bien dire qu’il est méchant, fou et que ses raisons assez obscures pour détruire Batman ne relève pas de l’envie ou du besoin de posséder une grosse fortune comme les autres méchants, dans les autres films. Les personnages secondaires sont riches aussi. Même le flic de base doit l’être, riche, puisqu’il court toujours sans jamais s’arrêter ni pour manger ni pour dormir. Il cumule un max d’heures sups, et si il s’en sort, on imagine bien sa retraite dorée en Floride ou en Californie. Bref, tout le monde est riche, mais malheureux. À la fin, le gentil et fade Batman est banni de la société, on sait que Joker reste en vie, il faut bien prévoir une énième suite… avec encore plus de moyens. Bon, je m’arrête là, il faut que je regonfle les semelles de mes chaussures pour aller travailler dans mon Bathcinéma à côté de chez moi.
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vendredi, 19 septembre 2008
J’ai du souci
Bon c’est vrai, en ce moment, j’ai du souci dans ma vie, et c’est incroyable comme cela parasite tout mon temps qui passe. Je dis ça comme si je le découvrais alors que je ne suis pas née de la dernière pluie (hier matin), et donc je le savais déjà. Ca parasite la vie, l’envie d’écrire, la communication, le sommeil, très important le sommeil, mais c’est formateur, c’est comme ça le souci. Mais rien ne m’empêchera jamais d’aller au cinéma à côté de chez moi pour voir de beaux films et pour vous les recommander. Donc, voici en vrac et dans le désordre les films que je vous recommande :
Le silence de Lorna des frères Dardenne. Si moi j’ai du souci, je ne vous dis pas pour Lorna ! C’est une vraie boîte à emmerdes à elle toute seule. C'est son histoire, très forte, celle d'une lutte permanente pour survivre. Sa vie est noire, sèche. Un bon remède pour relativiser le souci. Match nul entre le bonheur et le souci.
Rumba de Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy. Evidement, je suis allée le voir, depuis le temps que je vous en parle ! Il faut dire que je l’attendais en trépignant devant la salle. Et là c’est tout le contraire du souci, c’est la poésie à l’état pur, le burlesque, la joie de vivre, un conte magnifique, un cinéma lumineux. C’est sûr, quand on a du souci, on est drôlement mieux armé à la sortie et il a intérêt à se faire tout petit le souci. Un à zéro pour le bonheur.
Parlez moi de la pluie d’Agnès Jaoui. Si vous avez besoin d’une bonne dose d’intelligence supplémentaire, d’humour et de phychologie pour régler le souci qui vous taraude, courrez vite au cinéma à côté de chez moi. Vous serez tellement excité par ce cinéma que ce n’est plus le souci qui vous empêchera de dormir, mais les fous rires en repensant au film. Tiens, ça me fait penser qu’il faut que j’achète du fenouil. A mon avis quelques scènes anthologiques resteront dans la mémoire des cinéphiles. Deux à zéro pour le bonheur.
Hier nous sommes allés voir, en avant-première, mon amoureux et moi, la Palme d’or du festival de Cannes : Entre les murs de Laurent Cantet. Je ne sais pas comment on peut représenter un sifflement d’admiration sur le clavier, mais là on peut faire une pause pour siffler, applaudir, se lever en signe de respect, la hola, n’est pas du tout appropriée donc je ne vous la propose pas. C’est un constat terrible sur l’enseignement, à mon avis, ils ne sont pas prêts de recruter dans l’éducation nationale avec ce film. Mais c’est la société toute entière que l’on sait malade. Un bel hommage au métier de professeur. Nous sommes pendant plus de deux heures dans une salle de classe de 4ème, mais je n’ai rien reconnu de mes cours passés dans l’espièglerie gentillette des années soixante-dix. Alors là c’est pas gagné pour le bonheur, écrasé qu’il est, dépassé, distancé, il n’est plus dans la course. Souci vainqueur par KO. Notre société est malade, les jeunes sont perdus, les profs rament et font ce qu’ils peuvent, contre vents et marées pour maintenir un bateau qui coule, et là je vous le dis, on a tous du souci à se faire. Et pour parler comme les profs de français, souci est un doux euphémisme.
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lundi, 28 juillet 2008
La Soledad
La saison cinématographique se termine, les vrais cinéphiles qui se moquent du soleil ou de la pluie ont vu tous les films proposés par le cinéma à côté de chez moi. Ils ne viennent plus et si l’on fait 30 spectateurs dans la journée, on est content. Il reste toutefois quelques perles d’été, qui sont là comme un feu d’artifice de fin de saison et qu’il faut voir. Je ne sais pas moi, par exemple après l’apéro, ou avant la plage, vous trouverez bien un petit créneau de deux heures et dix minutes pour aller voir le magnifique film espagnol : La soledad (Eh oui, encore un film espagnol, !). Ils sont prolixes à Madrid ou dans le Léon, je n’aime pas tout chez eux, inventeurs du garrot et de la corrida, je n’aime pas leurs rapports à la mort et à la torture mais j’aime leur cinéma, jeune, original, décalé. Les Espagnols poursuivent leur petit bonhomme de chemin dans le septième art où ils ont littéralement explosé avec un grand réalisateur comme l’ami Pedro, précurseur de la movida, avec Javier Bardem un des meilleurs acteurs au monde, à la fois complet et sobre dans un jeu toujours juste. Et voila que maintenant Jaime Rosales nous pond un petit bijou ciselé tout en finesse. Il a bossé le bougre et ça se voit, partageant son écran en deux pour nous rendre voyeurs, intimes de ces deux familles que l’on découvre comme si c’étaient les nôtres ou celles de nos amis, mais cela ne dérange pas, on les suit et très vite on les aime avec leurs faiblesses et leurs douleurs. C’est la vie de tous les jours filmée avec force et simplicité, un film qui ne lâche pas le cœur ni l’esprit, il fait partie de nous comme une évidence qui resurgirait après un long sommeil. Il déroute aussi avec des plans qui surlignent le quotidien. Il y a des drames, des larmes et des sourires, des engueulades en famille, et cela pourrait durer des heures sans nous lasser. Alors bravo au cinéma espagnol et surtout à la fière Catalogne qui nous a donné monsieur Rosales. Je vais vous suivre monsieur car j’aime ce que vous faîtes, j’aime votre sensibilité, vous avez du cœur et de la force. Vous avez su élargir mon univers cinématographique et je vais, grâce à vous, passer de bonnes vacances même si je ne vais pas sur la costa de Maresme.
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jeudi, 17 juillet 2008
Les proies
Il faut que je vous fasse part d’une petite colère qui me taraude depuis mardi dernier. Je voulais, depuis plusieurs jours, me rendre à l’autre cinéma à côté de chez moi pour voir un film espagnol qui est sorti ce mercredi 16. Ce film s’appelle « Les proies » en français et « El rey de la montaña » dans la langue de Cervantes. C’est un film à suspens : Un homme perdu dans la montagne se fait tirer dessus par des inconnus. J’aime ça, les films à suspens, cela me permet de serrer la main de mon amoureux un petit peu plus fort, en me blottissant près de lui.
Je l’attendais donc avec impatience, le film, pas mon amoureux, en ayant bien repéré sur mon planning les soirées de libre pour le voir assez vite. Le jour de sa sortie nationale, hier, je ne travaillais pas et, donc, nous pourrions le voir. Comme ça personne ne m’en parlerait avant ni ne me dévoilerait la fin. J’aime que les films soient vierges dans ma tête quand je vais les voir. Même les critiques, je les lis après. Lundi, j’attendais… Mardi, sur mon lieu de travail désert pour cause de beau temps, j’attendais aussi. C’est long, très long une soirée dans ma Taverne quand personne ne vient me voir. Pour passer le temps, j’attrapais un programme du Méliès qui traînait sur le comptoir. Le Méliès est un cinéma situé à Pau, un peu comme celui d’à côté de chez moi, art et essais et tout et tout, mais en moins beau, forcément. Il présente les films un peu comme nous, avec un résumé, quelques photos et une grille d’horaires. Lui aussi propose « Les proies » dans son programme et je décidais d’en lire le résumé, pour voir comment il le présente. Et là, horreur et damnation ! J’étais en train de lire la fin de l’histoire, là, dans le résumé, qui ne doit donner que l’envie de voir le film. Un couillon de rédacteur dévoilait la fin en me racontant qui était l’assassin.
J’ai fermé le programme, mais trop tard. Comme je suis normalement constituée, ma rétine avait imprimé l’info en la communiquant à mon cerveau qui commençait son ébullition dans son lobe où réside la colère. Non mais, ils manquent d’iode à Pau ou quoi ? Ils veulent couler leur boîte et par là même couler la notre ?! Je vais te le jeter moi, leur programme, c’est une faute lourde que de le laisser traîner leur truc ! Non mais, franchement, est ce que Monsieur Méliès aurait voulu qu’on raconte la fin de son magnifique « Voyage dans la lune ». A coups de pieds aux fesses qu’il les aurait sortis les trop bavards, les pas respectueux de l’histoire. Et voila un petit bonheur de la vie piétiné par un qui a trop vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours. On se calme dans les Pyrénées, on se calme et surtout on se tait ! La montagne c’est fait pour le silence ou le suspens. Mais le suspens, visiblement, monsieur le rédacteur, vous ne connaissez pas.
Je suis tout de même allée voir le film avec la paradoxale frustration de celle qui sait. J’ai essayé de faire comme si mais, évidement, ce n’était pas pareil. Et même si cela avait été une très grosse daube, le navet du siècle, même si j’avais dormi d’ennui pendant la moitié de la projection, même si j’avais eu l’envie de huer le réalisateur et même si le film ne tient pas ses promesses : Trop de gros plans pour suggérer l’angoisse, des longueurs et une fin un peu plate et improbable, jamais, jamais je ne raconterais que c’est le jardinier l’assassin. Non mais !
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vendredi, 11 juillet 2008
Haïti Chérie
Évidemment je ne m’attendais pas à une future palme d’or, évidemment c’est un petit film, à l’échelle de la production mondiale, petit comme ce pays oublié dans la mer des Caraïbes. Mais Haïti Chérie a le mérite d’exister, de passer sur les écrans, pour à peu près 10 spectateurs par séance. C’est qu’ils sont rares les films venus des tropiques. Porté par les vents du sud, celui-ci est arrivé au cinéma à côté de chez moi et il n’était pas question de le rater.
Pendant que le G8 se gargarise au Japon en nous faisant des promesses qui ne seront jamais tenues, on assiste impuissant à l’étalage de la misère, à l’exploitation des plus faibles sur fond de paysages de rêves, paradis artificiels pour une population prisonnière et condamnée à un destin que l’on sait d’avance noir. Le plaisir d’entendre le créole, langue chantante héritage d’une colonialisation esclavagiste, s’estompe vite face à la douleur d’un peuple trop habitué à la soumission. L’histoire n’a pas d’importance, les acteurs ne jouent pas toujours très bien, ils sont trop beaux, trop propres pour qu’on y croit vraiment. Le réalisateur a voulu faire « moderne » avec une caméra à l’épaule pas forcément de bon aloi. Mais on s’en fout car la vérité est là, dans les arrière-plans. Quand le regard se porte autour des acteurs, on s’aperçoit que les « figurants » n’en sont pas. Ce sont les gens qui vivent réellement dans des cabanes de tôle et de bois, entassés les uns sur les autres, sans hygiène et évidement sans intimité. Les enfants ont vraiment des gros ventres de malnutris, il n’y a pas de maquillage ni d’effets spéciaux. La vérité est en arrière-plan et c’est elle qui est douloureuse.
En sortant de la salle, je me sentais un peu abattue ! Comment peut-on laisser la misère ainsi subsister dans le monde ? Est-il né le futur prix Nobel de la paix, de l’amour et de la fraternité qui fera relever la tête à ce peuple ? Le pays le plus pauvre du monde n’y croit pas c’est sûr. On n’a plus d’illusion quand son espérance de vie ne doit pas dépasser la quarantaine. Et puis une envie de crier. Lève-toi peuple haïtien, relève la tête ! Envoies tes enfants à l’école, pour qu’ils ne connaissent plus cette misère crasse, pour effacer ces centaines d’années d’humiliation. Apprends à lire, Haïti, et à compter pour que nous puissions te rendre des comptes et pour que tous les enfants d’Haïti Chérie retrouvent leur dignité au premier plan de l’humanité.
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jeudi, 03 juillet 2008
Les sept jours
Il y a des sorties nationales que l’on attend impatiemment, soit parce qu'on a déjà vu tout de ce que le cinéma d’art et essais propose dans le quartier à côté de chez moi, soit parce que le sujet de ce prochain film que l’on va voir attire comme un aimant au milieu des lunettes posé sur le nez au milieu de la figure. Donc on piaffe, on trépigne devant le cinéma en fumant une dernière cigarette avant de rentrer pour une nouvelle aventure. Le cinéma c’est une aventure que l’on vit seule mais qui se partage à la sortie avec tous les voyeurs qui comme nous ont eu la curiosité de nouvelles rencontres du bout du monde ou du coin de la rue... ce qui est en définitive la même chose. Et Les sept jours c’est ça, la rencontre d’un ailleurs qui est aussi d’ici.
C’est l'histoire simple d’une famille qui se retrouve à l’occasion d’un enterrement. Sur fond de première guerre du Golfe, ces Israéliens déambulent dans une grande maison avec leur masque-à-gaz-au-cas-où et leurs traditions, héritage d’un fardeau du bout du temps, qu’il faut respecter coûte que coûte, signe pour ces traditionalistes d’une civilisation avancée mais qui s’avère hiérarchisée, cloisonnée, phagocytée et étouffante. On espère pouvoir rire un peu de temps en temps, mais non, dans cette famille, on ne rigole pas à un enterrement. La couche de vernis est bien trop épaisse, bien trop appliquée. Et bien sûr le vernis craque, sept jours enfermés au rez-de-chaussée, à dormir, prier, manger ensemble, inévitablement, les jalousies, les aigreurs cachées, les règlements de compte explosent par tous les pores de toutes ses peaux brunes et moites qui ne s’accordent plus depuis l’enfance. Les mots qui blessent fusent en même temps que les kipas se dégrafent du sommet des crânes. Personne n’est beau, personne ne tire son épingle du jeu, si ce n’est la famille elle-même qui malgré les coups qu’elle s’inflige reste unie jusqu’au bout. Elle a besoin de ça pour continuer à vivre cette famille...
Mais non, je ne vous ai pas raconté la fin. D’ailleurs on s’en fout de la fin dans ce film, il n’y a jamais de fin dans les familles qui se reproduisent pour perpétuer jusqu’à la fin des temps ses traditions désuètes comme des corsets à lacets et qui étouffent les sentiments fraternels d’une humanité en déliquescence.
A voir pour l’interprétation magistrale des acteurs, Ronit Elkabetz en tête, et pour se dire à quoi on échappe quand ,comme moi, on a la chance d’être issue d’une famille aimante et simple comme le bonheur.
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